"Devenir Marilyn" de Michèle Dominici
Compte rendu du documentaire « Devenir Marilyn », diffusé Le 17 décembre 2023 sur Arte à 22h30.
Faisant suite à la diffusion du western « La rivière sans retour », Arte nous invite à voir un document sur Marilyn Monroe tourné par M. Dominici. Cette réalisatrice s’est fait connaitre avec le film « l’histoire oubliée des femmes au foyer » également diffusé sur Arte et inspirée par le journal de sa mère. Sa mère ayant cessé de continuer son journal après son mariage. Le mariage est vécu chez Dominici, comme un assèchement de l’inspiration à écrire mais je ne regarderai pas ce documentaire tant celui sur Marilyn Monroe m’a paru discourtois, et de nature polémique : ce travail se résumant en un acte de militantisme et procèdant à une relecture du passé sous le joug d’une théorie délétère.
Nous sommes beaucoup à apprécier le travail technique, la justesse, la force expressive et artistique de l’actrice mais également de la chanteuse. Marilyn Monroe est une immense artiste. Elle a permit à des réalisateurs comme Billy Wilder ou Joshua Logan d’obtenir des succès inespérés mais elle a également créé un type de personnage tout à fait original. Dans la tradition hollywoodienne, l’actrice va dépasser le statut de comédienne pour accéder à celui d’archétype dans le sens jungien. Elle n’est plus seulement interprète, elle se fait création archétypale, c’est-à-dire qu’elle a changé pour certains, la représentation mentale que l’on se fait de la femme, Une représentation fait d’une finesse que n’avaient atteint ni Mae West ni Rita Hayworth par exemple.
Seulement Marilyn a construit son personnage de part sa relation à l’homme et c’est la raison du désarroi probablement inconscient de Michèle Dominici. Voilà pourquoi ce documentaire faisant mine de célébrer la grande artiste, avilie son travail, le monde dans lequel elle s’est construite, ses fréquentations et j’en passe..
Tout comme le christianisme qui reprit à son compte les espaces que sont le paradis et l’enfer, mondes dit intelligibles c'est-à-dire non sensibles, mondes imaginaires construit par l’esprit à l’encontre de toute démonstration scientifique, Michèle Dominici établit également les bases d’un nouvel enfer : celui que créent les hommes à l’intention des femmes.
Avec un manichéisme poussé aux confins de la raison, tous les intervenants masculins du documentaire sont présentés comme des profiteurs, des prédateurs sexuels, des esprits incapables de comprendre le talent de l'actrice ou même des pédophiles. Dans l’univers fantasmagorique de Michèle Dominici, Marilyn se serait débattue seule à l’encontre de toute une gente masculine qui n’aurait pensé qu’à la maintenir au stade ingrat de pin-up.
Dans ce concept, Marilyn n’aurait survécu professionnellement qu’en poussant sa féminité au paroxysme. Au lieu d’analyser la création archétypale de Marilyn comme géniale et d’une efficacité telle que femmes et hommes qu’ils fussent président ou écrivain célèbre, soldats, cinéphiles y aient succombés, Michèle Dominici introduit une notion d’avilissement de l’artiste par l’homme. L’enfer masculin aurait obligé la jeune actrice à se sur-féminiser pour pouvoir exister. Michèle Dominici insiste sur ces hommes (les Max Brothers par exemple) qui auraient imposé à Marilyn un jeu uniquement physique ou corporel et par conséquent, avilissant. L’extrait du film « troublez moi ce soir » de Roy Ward Baker est mis à contribution pour dévoiler l’étendu de l’interprétation physique de Marylin. C’est paradoxalement un joyau pour le cinéphile et la démonstration du jeu aboutit de Marilyn qui déjà en 1952 se révèle d’une originalité inclassable. Il faudrait interpeler M. Dominici sur l’interprétation hyper corporelle d’un Marlon Brando ou d’un Paul Newman, probablement le fruit d’une dévalorisation de l’homme par l’homme ! Plaignons ces deux acteurs de ce que leur réalisateur les ont conduit à faire mais la feuille de route de M. Dominici ne prendra jamais partie pour les hommes en tant qu’éventuelles victimes !
Ce qui est remarquable, c’est que le rapport au corps des féministes à tendance wokiste rappelle celui de Saint Paul, révolutionnaire messianique d’un autre âge.
Ce corps qui détourne l’homme de sa passion pour Dieu et le tient attaché au monde sensible ou monde terrestre, monde considéré comme illusoire et qui ne devrait être qu’une étape vers le vrai monde, celui de Dieu, n’est-il pas proche de celui du corps féminin pensé par M. Dominici ?
Le corps de Marilyn, objet des concupiscences masculines est un corps que construit la femme pour se plier aux exigences avilissantes du désir masculin. Ce corps là, objet de désir est à bannir puisqu’il est pourvoyeur d’une domination masculine qu’il faut anéantir.
Il y a donc l’hypothèse d’un lien et c’est peut-être l’originalité de mon propos, entre la conception du corps paulien, christique et le corps féministe. Deux conceptions mentales et intelligibles séparées des lois physiques. Le corps témoin du désir de vivre sur le monde profane est à bannir et Saint Paul livre son corps à la lapidation avec le même mépris que les féministes considèrent un corps féminin au service de l’homme prédateur.
Et c’est là l’aspect mortifère du féminisme-wokiste. Celui qui, dans le monde occidental, tend à complexifier la relation femme-homme. La profusion et la mainmise de la pornographie diffusée sans aucun contrôle ni législation sur les sites internet a un effet sur le mental des jeunes gens et va de paire avec l’apparition d’un féminisme de haine des hommes. Il y a une culpabilisation omniprésente du désir masculin qui est le pendant de la culpabilisation de l’épicurisme par les premiers chrétiens.
Un sondage IFOP relaté dans le Point du 7 juin 2023 témoigne d’un fait de société alarmant. Il dépeint une jeunesse qui déserte l’amour à deux pour 43% des 18-25 ans. Des jeunes gens revendiquent leur préférence pour une sexualité onanique vu la qualité de l’offre des sites pornographiques. En même temps les médias et les nouvelles législations (la suédoise notamment) n’ont jamais autant combattu la sexualité dite non consentante. Ce changement sociétal aura certainement un effet durable sur la fertilité des femmes et voilà pourquoi on peut parler de culture de mort ou de culture d’autodestruction. La France et la Suède seraient les pays aux taux de fécondité le plus fort d’Europe mais paradoxalement se sont les pays au plus fort taux d’immigration. Il n’est donc pas hasardeux de penser qu’il y a là une relation de cause à effet et que les mères issues de l’immigration sont les seules à compenser la chute du taux de fertilité des nations européennes.
Revenons au concept d’enfer (enfer créé par les hommes) de M. Dominici. Elle dénonce le pouvoir des Majors des années 30 à 50, ces cinq grandes compagnies qui contrôlaient sans partage la production des films et notamment le directeur de la Fox Film Corporation : Darryl Zanuck qui aurait gelé durant plusieurs années la carrière de Marilyn. Or non seulement Zanuck était un directeur inspiré (il lance Gene Tierney) mais de plus il fait de Marilyn une star internationale à l’âge de 27 ans. Les reproches de M. Dominici paraissent relever là encore de l’obstination anti-masculine. Il est cependant injuste d’attaquer, comme elle le fait, un monde hollywoodien, qui même avec ses sévérités, ses injustices, sa face humaine dirons nous, est responsable de l’éclosion de chef d’œuvres jusqu’ici inégalés.
Le cinéphile que je suis ne parviens pas à trouver les mêmes joies dans le ciné ma contemporain que dans celui des années 50.
On a compris, les thèses de M. Dominici sont éloignées des considérations sentimentales, esthétiques et culturelles. Seul compte pour cette prêcheuse de l’apocalypse de la fin de la gente masculine, la peinture d’un monde où la femme serait l’éternelle dominée. Paradoxe étrange, les femmes n’ont jamais eu autant de charme et exercé autant de fascination que dans cette décennie infernale des années 50.
On assiste, depuis quelques années à l’apparition d’une triade mortifère : féminisme wokiste/pornographie/ baisse de la fertilité (elle-même conséquente de la décadence de la valeur couple) et tous ces documents, films, prises de position des thuriféraires de la haine de homme sont autant d’acteurs de l’aggravation de cette situation. C’est pourquoi une chaine comme Arte devrait prendre ses distances vis-à-vis de certains courants de pensée à la mode.
De plus il est parfaitement injuste d’exploiter une ambassadrice de la féminité dans sa dimension artistique comme Marilyn Monroe pour argumenter la pensée wokiste.
voir la page arte sur https://boutique.arte.tv/detail/devenir-marilyn
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